Fils d'un carrossier d'Avignon, Jean Alesi baigne dès son plus jeune âge dans le milieu de l'automobile. Des photos de
Walter Rohrl

Walter Rohrl
et
Gilles Villeneuve

Gilles Villeneuve
ornent sa chambre d'adolescent. C'est tout naturellement qu'avec son ami Philippe Gache, il se lance dans la compétition.
Modestement par le karting, puis la Coupe Renault 5. Vient enfin la monoplace. Jean Alesi est doué. Naturellement rapide.
Son palmarès se forge rapidement. Champion de F3 française en 1987, il domine le championnat international de F3000
1989, au sein de l'écurie Jordan.
En ces temps-là , les places en F1 étaient abondantes, et l'argent des fabricants de tabac coulaient à flot... y compris en France.
A mi-saison, l'écurie Tyrrell signe un contrat avec Camel, ce qui entraîne le départ d'Alboreto, son leader, soutenu par Marlboro.
Le vieux Ken Tyrrell, sur les conseils d'Eddie Jordan, se tourne alors vers Jean Alesi... poulain de la marque au chameau. Les débuts
de Jean se font donc sur le bitume surchauffé du Circuit Paul Ricard

Circuit Paul Ricard
, quasiment Ã
domicile. Les consignes de Ken ne sont pas très exigeantes envers le nouveau venu: "Essaye de te qualifier". Jean Alesi voit au delà ,
et d'emblée, prend de vitesse son expérimenté équipier Jonathan Palmer. A l'issue des premiers essais, Berger et Mansell, les pilotes
Ferrari, font violemment irruption dans le stand Tyrrell pour se plaindre du comportement du jeune avignonnais, un peu trop sanguin Ã
leur goût. Tyrrell fait profil bas, mais au fond de lui, il jubile. Il vient a nouveau de mettre le doigt sur une perle rare, un diamant brut qu'il
lui appartiendra de polir. Jean Alesi vient d'offrir une nouvelle jeunesse à son patron. Le Dimanche soir, après avoir pointé un temps
deuxième, Alesi franchit son premier drapeau à damier à la 4eme position. Un exploit !
Alesi achève la saison pour Tyrrell, ce qui ne lui empêche pas de parallèlement remporter le titre en F3000. Toujours chez Tyrrell, 1990
débute en fanfare. Dans les rues de Phœnix, s'échappant en tête dès le début de la course, il cède finalement le commandement à Senna,
non sans lui avoir vaillamment résisté, au prix d'un mano a mano qui marquera durablement les esprits et lui vaudra les compliments
admiratifs de la star brésilienne [
vidéo]. Un nouveau podium,
quelques semaines plus tard, à Monaco, toujours derrière Senna, achève de le positionner comme la future star de la F1.
Bien que prestigieuse, l'écurie Tyrrell n'en finit plus de courir après sa gloire passée, et n'a pas les moyens de satisfaire l'ambitieux
Jean Alesi. D'autant plus que celui ci subit la cour effrénée des meilleures écuries du plateau. Les propositions alléchantes affluent. En
provenance notamment de Williams-Renault avec qui Alesi signera un précontrat. Mais finalement, Alesi, petit-fils d'immigré sicilien, ne
résistera pas aux sirènes de Maranello. Direction Ferrari.
Aux cotés d'Alain Prost, qui fait figure de grand favori du championnat 1991, Alesi s'apprête à cueillir ses premières victoires. La
Ferrari est un échec, et au sein de la Scuderia, les luttes reprennent de plus belle. Fiorio, le directeur sportif n'y résiste pas. Limogé.
Tout comme Alain Prost, en fin de saison. Auteur de performances mitigées, Alesi conserve néanmoins sa place. 1992 sera pire en terme
de résultats, mais Alesi conquiert progressivement la cour des exigeants tifosi, qui voient en lui l'héritier naturel de
Gilles Villeneuve

Gilles Villeneuve
, son héros d'enfance. Même fougue, même
enthousiasme, même absence de calcul. Malgré une monture rétive, Alesi démontre toute sa classe, notamment sur piste humide. Les deux
saisons suivantes voient la Scuderia lentement remonter la pente, mais toujours sans victoires pour Alesi, qui acquiert progressivement une
image de sympathique loser. D'autant plus frustrant, pour lui, le grand espoir de la F1, qu'une nouvelle génération, emmenée par
Michael Schumacher et Damon Hill, commence à rencontrer du succès. La victoire arrive finalement le 11 Juin 1995, sur le tracé de
Montréal, le jour de son anniversaire. N'ayant pu boucler le tour d'honneur avec sa Ferrari, Jean Alesi est même pris comme passager par
Michael Schumacher [photo

photo
] !
Victoire

Victoire
chanceuse, certes, mais ô
combien méritée pour un pilote abonné a la poisse et qui se montrera plusieurs fois cette saison comme étant au sommet de son pilotage.
Notamment au Nurburgring où il réalise une nouvelle démonstration sous la pluie en pneus slicks. Pour beaucoup, il apparaît comme le
meilleur pilote derrière Schumacher. Mais au delà des compliments unanimes reçus par Alesi, l'ambiance se crispe au sein de la Scuderia,
qui souhaite se séparer du Français pour faire place nette a Michael Schumacher.
Alesi trouve alors refuge chez Benetton, l'écurie championne du monde en titre, avec des ambitions élevées. Le titre mondial, ni plus ni
moins. Malheureusement, Alesi éprouve toutes les peines du monde à marcher dans les pas de Schumacher, son prédécesseur. Au bout
de deux années chez Benetton, le verdict est cruel. Alesi est rapide, certes, mais ne semble pas avoir la pointure des plus grands, ne
semble pas être fait du même bois que les champions du monde. Brillant sur la piste, Alesi est souvent montré du doigt pour son manque
d'implication dans le développement technique. Benetton préfère le remplacer par deux jeunes pilotes. La roue tourne. Il passe alors chez
Sauber en 98 puis 99, une écurie familiale de milieu de grille, comme pouvait l'être Tyrrell à ses débuts. Alesi n'est plus en haut de l'affiche.
Les médias et le public se régalent de sa fougue d'éternel jeune homme, mais les grandes écuries ne s'intéressent plus a lui. Le défi
franco-français relevé avec son ami Alain Prost ne fera que prolonger pathétiquement sa descente aux enfers, jusqu'a une nouvelle
rupture au cour de l'été 2001. Rupture professionnelle, mais aussi affective pour les deux hommes, fâchés. Eddie Jordan lui offre alors un
inattendu post-scriptum, avant un retrait définitif fin 2001. Immense espoir de la F1 a ses débuts, Alesi laisse un palmarès bien maigre
derrière lui. Voitures gavées d'électronique, briefings techniques interminables, circuits aseptisés, Alesi l'instinctif s'est peut être tout
simplement trompé d'époque.
C'est vers le championnat DTM que se tourne alors Jean Alesi. Il signe un contrat de deux ans avec l'écurie Mercedes AMG pour piloter
une CLK. En 2002, Jean réalise un superbe début de saison : un podium dès sa première course et une victoire lors de la troisième
manche ! En fin de saison, Jean aide son coéquipier, Bernd Schneider, à décrocher le titre, mais cela ne suffira pas. Avec 24 points
marqués, il se classe cinquième au championnat.